{"id":1505,"date":"2012-06-11T17:51:54","date_gmt":"2012-06-11T17:51:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.budokai-artigues.fr\/?p=1032"},"modified":"2012-08-25T18:13:53","modified_gmt":"2012-08-25T17:13:53","slug":"la-transmission-et-la-succession-dans-les-arts-martiaux","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/budo-shinkokai.fr\/?p=1505","title":{"rendered":"La transmission et la succession dans les arts martiaux"},"content":{"rendered":"<h4>La transmission et la succession dans les arts martiaux<\/h4>\n<p>par <a href=\"http:\/\/www.aikidojournal.com\/articleindex.php?authorID=11\">Meik Skoss<\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.aikidojournal.com\/articleindex.php?issueID=aj101\">Aikido Journal #101<\/a> (1994)<\/p>\n<p>Traduction fran\u00e7aise: Flo Ricard<\/p>\n<p>Dans l\u2019\u00e9tude des kobudo et kobujutsu (les arts et voies japonais classiques), une des questions les plus int\u00e9ressantes est la transmission et la succession des diff\u00e9rentes traditions martiales par le soke ou iemoto (ma\u00eetre ou successeur d\u2019un ryu).<\/p>\n<p>Les voies martiales modernes, les formes \u201cdo\u201d, ne suivent pas en g\u00e9n\u00e9ral la m\u00eame m\u00e9thode de transmission technique ou culturelle et il est facile, pour les non-japonais, de mal comprendre la fa\u00e7on dont les traditions classiques se passent de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>M\u00eame les japonais contemporains sont d\u00e9concert\u00e9s, ceci en d\u00e9pit de leur croyance, souvent prof\u00e9r\u00e9e, en une connaissance commune ou sens pratique universel a tout japonais (joshiki).<\/p>\n<p>Il est n\u00e9cessaire de commencer par comprendre la m\u00e9thode de succession a la t\u00eate d\u2019une \u00e9cole des koryu d\u2019autrefois.<\/p>\n<p>Les m\u00e9thodes les plus r\u00e9pandues \u00e9taient isshi soden (la transmission compl\u00e8te des techniques et principes d\u2019un ryu a un h\u00e9ritier d\u00e9sign\u00e9 par les liens du sang) et yuiju ichinin (l\u2019enseignement des secrets du ryu a un h\u00e9ritier choisi qui n\u2019\u00e9tait pas membre de la famille).<\/p>\n<p>Le fait de passer une \u00e9cole de cette mani\u00e8re, en limitant l\u2019acc\u00e8s aux techniques et principes de haut niveau \u00e0 son successeur et \u00e0 quelques \u00e9l\u00e8ves bien choisis, a servi a maintenir \u00e0 la fois le prestige du ryu et a prot\u00e9ger l\u2019autorit\u00e9 du ma\u00eetre.<\/p>\n<p>Dans la plupart des cas, le nombre de personnes qui pouvait recevoir l\u2019enseignement de ces techniques \u00e9tait strictement limit\u00e9 (le plus souvent une seule, rarement plus qu\u2019une demi-douzaine).<\/p>\n<p>Afin de prouver qu\u2019un individu \u00e9tait un successeur l\u00e9gitime, il pouvait recevoir un certificat attestant de son accession, densho (des rouleaux de parchemin contenant les techniques, principes et sujets \u00e9sot\u00e9riques les plus importants) et, dans certains cas, un sabre, une lance ou une autre arme porteuse de signification pour le ryu.<\/p>\n<p>M\u00eame si quelqu\u2019un \u00e9tait porteur du menkyo kaiden (le plus haut niveau de certification technique) ou de son \u00e9quivalent, sans ces embl\u00e8mes ou symboles, il ne serait pas reconnu comme successeur l\u00e9gitime.<\/p>\n<p>Ceci est du en partie au fait que, au fil des ans, beaucoup d\u2019hommes re\u00e7urent un menkyo et il devint n\u00e9cessaire de pouvoir distinguer entre les \u00e9l\u00e8ves qualifi\u00e9s, les professeurs certifi\u00e9s et les ma\u00eetres l\u00e9gitimes de la tradition.<\/p>\n<p>La situation fut d\u2019avantage compliqu\u00e9e par la pratique occasionnelle de s\u00e9parer la position de ma\u00eetre et de professeur dans le cas ou le maitre d\u00e9sign\u00e9 ne pouvait pratiquer son art. Cela \u00e9tait devenu n\u00e9cessaire pour certaines des plus anciennes traditions martiales du Japon.<\/p>\n<p>En pricipe, les densho \u00e9taient transmis directement du ma\u00eetre a ses \u00e9l\u00e8ves. Il \u00e9tait de coutume d\u2019\u00e9num\u00e9rer la lign\u00e9e de professeurs afin de pouvoir voir imm\u00e9diatement si quelqu\u2019un avait \u00e9tudi\u00e9 la branche principale d\u2019une tradition ou une branche collat\u00e9rale (baikei).<\/p>\n<p>De plus, afin d\u2019authentifier un certificat, on y apposait le sceau personnel du professeur et\/ou du ma\u00eetre. Dans certains cas il devait y avoir un ou plusieurs sceaux uniques au ryu \u00e9galement appos\u00e9s pour pouvoir consid\u00e9rer le certificat comme authentique.<\/p>\n<p>Un exemple est le certificat que Morihei Ueshiba aurait re\u00e7u en 1908 dans l\u2019art du Yagyu Shingan-ryu jujutsu de Masakatsu Nakai.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas examin\u00e9 le rouleau personnellement, mais le ma\u00eetre de la branche de Yagyu Shingan-ryu qu\u2019a pratiqu\u00e9 Ueshiba a pu l\u2019inspecter, et m\u2019a inform\u00e9 qu\u2019il manque un sceau au certificat authentifiant, qui devrait se trouver sur le nom de professeur.<\/p>\n<p>Il est difficile de d\u00e9terminer ce que signifie l\u2019absence de ce sceau sur ce densho particulier, comme il est improbable qu\u2019il ai \u00e9t\u00e9 falsifi\u00e9, mais la question se pose n\u00e9anmoins aux \u00e9rudits et aux pratiquants de kobudo qui essayent de d\u00e9terminer les ant\u00e9c\u00e9dents techniques de Ueshiba.<\/p>\n<p>L\u2019autorit\u00e9 du ma\u00eetre repose sur son habilet\u00e9 a pouvoir transmettre correctement les techniques et principes particuliers \u00e0 son \u00e9cole. Dans certains cas, un ou plusieurs ryu peuvent devenir affili\u00e9s ou int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u201cprincipale\u201d par des circonstances historiques. Par exemple, le Shinto Muso-ryu est une des plus anciennes traditions de jojustu (combat au b\u00e2ton). Beaucoup de ses repr\u00e9sentants (surtout ceux qui \u00e9tudient la version modifi\u00e9e de cet art appel\u00e9 jodo) \u00e9tudient uniquement l\u2019art du b\u00e2ton.<\/p>\n<p>Ceux int\u00e9ress\u00e9s par l\u2019enseignement entier de la tradition peuvent toutefois \u00e9tudier un nombre d\u2019arts affili\u00e9s: le Uchida-ryu tantojutsu (le b\u00e2ton court), le Shinto-ryu kenjutsu (le sabre), le Isshin-ryu kusarigamajutsu (la faucille), le Ikkaku-ryu juttejutsu (la matraque) et le Ittatsu-ryu hojojutsu (l\u2019art de ligoter).<\/p>\n<p>Les \u00e9l\u00e8ves du Yagyu Shinkage-ryu, une \u00e9cole de sabre et de strat\u00e9gie renomm\u00e9e, ont la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9tudier le Yagyu Seigo-ryu battojutsu (l\u2019art de d\u00e9gainer le sabre) et la s\u00e9rie de techniques au b\u00e2ton, le \u00ab\u00a0Jubei-no-jo.\u00a0\u00bb Le Muhi Muteki-ryu, une autre \u00e9cole de jojutsu, inclut la pratique du Iga-ryuha Katsushin-ryu jujutsu dans son programme. La d\u00e9livrance d\u2019un certificat s\u00e9par\u00e9 dans ces syst\u00e8mes ancillaires d\u00e9pend de l\u2019\u00e9cole principale.<\/p>\n<p>Etant donn\u00e9 l\u2019autorit\u00e9 absolue du ma\u00eetre dans son ryu, il \u00e9tait imp\u00e9ratif que l\u2019individu choisi poss\u00e8de le plus haut niveau de ma\u00eetrise technique et d\u2019int\u00e9grit\u00e9 de caract\u00e8re. En th\u00e9orie, la s\u00e9lection d\u2019un successeur d\u2019un ryu a toujours \u00e9t\u00e9 limit\u00e9e \u00e0 ce type d\u2019individu. Toutefois, les circonstances au sein d\u2019un ryu pouvaient changer avec le temps, et il n\u2019\u00e9tait pas toujours possible de choisir quelqu\u2019un qui correspondait a ces id\u00e9aux d\u2019habilet\u00e9 et de connaissance.<\/p>\n<p>Parfois les fils du iemoto ne pouvaient pratiquer a cause de limitations physiques, de maladies, de blessures ou m\u00eame de d\u00e9c\u00e8s sur le champ de bataille. Dans d\u2019autres cas, il n\u2019y avait pas de descendance masculine.<\/p>\n<p>Une telle situation \u00e9tait parfois contr\u00e9e par l\u2019adoption d\u2019un \u00e9l\u00e8ve brillant comme h\u00e9ritier (c\u2019\u00e9tait le cas de Kiyoshu Nakakura, qui fut nomm\u00e9 h\u00e9ritier de Morihei Ueshiba suite a son mariage avec Matsuko, la fille de ce dernier; Nakakura fut donn\u00e9 le nom de Morihiro et adopt\u00e9 par la famille Ueshiba jusqu\u2019a son divorce quelques ann\u00e9es plus tard).<\/p>\n<p>Une autre solution \u00e9tait que les \u00e9l\u00e8ves et disciples travaillent ensemble avec le ma\u00eetre \u00e0 pr\u00e9server la vitalit\u00e9 technique et le statut social du ryu.<\/p>\n<p>M\u00eame si une de ces personnes d\u00e9passait le ma\u00eetre en habilet\u00e9, le soke \u00e9tait toujours consid\u00e9r\u00e9 comme la figure l\u00e9gitime ultime et son autorit\u00e9 n\u2019\u00e9tait jamais transgress\u00e9e. Cette fa\u00e7on de proc\u00e9der fut suivie diligemment jusqu\u2019a la fin du shogunat Tokugawa.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e8re Meiji fut une \u00e9poque d\u2019occidentalisation rapide, o\u00f9 beaucoup d\u2019arts traditionnels japonais furent abandonn\u00e9s en faveur de coutumes plus modernes.<\/p>\n<p>Les dan-i (grades techniques) et shogo (titres d\u2019enseignement) pouvaient \u00eatre obtenus plus rapidement que les certificats d\u00e9livr\u00e9s par le soke d\u2019une tradition classique et furent \u00e9ventuellement tenus en plus haute estime.<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement des organisations nationales de gendai budo (voies martiales modernes) a contribu\u00e9 a l\u2019affaiblissement de la popularit\u00e9 et de la reconnaissance g\u00e9n\u00e9rale de arts martiaux classiques.<\/p>\n<p>En fait, c\u2019est seulement gr\u00e2ce aux efforts de quelques personnes d\u00e9termin\u00e9s et d\u2019organisations telles que le Nihon Kobudo Shinkokai et le Nihon Kobudo Kyokai que les kobudo ryu purent se pr\u00e9server face aux pressions \u00e9conomiques et sociales de l\u2019\u00e8re moderne.<\/p>\n<p>Il est important pour ceux d\u2019entre nous qui \u00e9tudient les voies modernes de regarder de plus pr\u00e8s les traditions classiques, afin que les le\u00e7ons qu\u2019elles nous ont donn\u00e9es ne soient pas perdues.<\/p>\n<p><em>Copyright \u00a91996 Meik Skoss. All rights reserved.<\/em><\/p>\n<p>Meik Skoss commen\u00e7a la pratique de arts martiaux en 1966 a Los Angeles, quand il entra au dojo d\u2019a\u00efkido de Takahashi Isao. Il \u00e9migra au Japon en 1973 afin de continuer sa pratique de l\u2019a\u00efkido et du Muso Jikiden Eishin-ryu iaido avec Hikitsuchi Michio. En 1976, Skoss commen\u00e7a l\u2019\u00e9tude du Shinto Muso-ryu jojutsu avec Shimizu Takaji, du Toda-ha Buko-ryu naginatajutsu avec Muto Mitsu, et du Tendo-ryu naginatajutsu avec Sawada Hanae, en plus de sa pratique l\u2019a\u00efkido au Aikikai Hombu Dojo. C\u2019etait \u00e9galement a cette \u00e9poque qu\u2019il commen\u00e7a \u00e0 travailler avec Donn F. Draeger et accompagna le maitre hoplologiste au cours de nombreux voyages d\u2019\u00e9tudes en Asie de Sud-Est. En 1976, il d\u00e9buta le Yagyu Shinkage-ryu heiho\/kenjutsu et le Yagyu Seigo-ryu battojutsu sous le 21\u00e8me maitre de la lignee, Yagyu Nobuharu Toshimichi. Il a \u00e9galement pratiqu\u00e9 le judo, le tai-chi ch\u2019uan, le Goju-ryu karatedo et, en plus des koryu cit\u00e9s plus haut, s\u2019entra\u00eene aujourd\u2019hui au judo, atarashii naginata et jukendo. Skoss poss\u00e8de les grades de 4\u00e8me dan d\u2019aikido (Aikikai), 5\u00e8me dan de Zen Hihon Kendo Renmei jodo, 5\u00e8me dan de jukendo, 3\u00e8me dan de tankendo, 2\u00e8me dan de atarashii naginata, poss\u00e8de un okuden mokuroku et des licences de shihan en Toda-ha Buko-ryu naginatajutsu, et un sho-mokuroku en Shinto Muso-ryu jojutsu. Il fait partie des hoplologistes poursuivant le travail de Donn F. Draeger, et a voyag\u00e9 autour du Japon afin de visiter des koryu et des dojo de budo modernes tout en collectant des informations sur les arts martiaux japonais. Habitant actuellement le New Jersey, il enseigne, avec sa femme, le jojutsu, le kenjutsu et le naginatajutsu a Madison. Il peut \u00eatre contact\u00e9 a cette adresse: <a href=\"mailto:mskoss@koryubooks.com\">mskoss@koryubooks.com <\/a><\/p>\n<p>Copyright \u00a9 1974 &#8211; 2006 Aikido Journal <em>All Rights Reserved<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La transmission et la succession dans les arts martiaux par Meik Skoss Aikido Journal #101 (1994) Traduction fran\u00e7aise: Flo Ricard Dans l\u2019\u00e9tude des kobudo et kobujutsu (les arts et voies japonais classiques), une des questions les plus int\u00e9ressantes est la transmission et la succession des diff\u00e9rentes traditions martiales par le soke ou iemoto (ma\u00eetre ou [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1570,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"aside","meta":[],"categories":[35],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/budo-shinkokai.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1505"}],"collection":[{"href":"http:\/\/budo-shinkokai.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/budo-shinkokai.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/budo-shinkokai.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/budo-shinkokai.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1505"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/budo-shinkokai.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1505\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1571,"href":"http:\/\/budo-shinkokai.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1505\/revisions\/1571"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/budo-shinkokai.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1570"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/budo-shinkokai.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1505"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/budo-shinkokai.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1505"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/budo-shinkokai.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1505"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}